Le terme de « meuble de port » fait référence à une tradition commune aux différents ports de la côte atlantique : Saint Malo, Nantes, La Rochelle, et Bordeaux.
Après les grandes découvertes du XV°et XVI°siècle, de nouvelles voies de navigation virent le jour, en direction , entre autres, des Amériques.On pense, bien sûr au commerce triangulaire entre l'Afrique et l'Amérique du Nord, mais les esclaves étaient loin d'être l'unique « marchandise » transportée: des denrées très prisées comme le vin, les poteries, les étoffes, etc, partaient par bateaux vers ces lointaines contrées. En retour, ils rapportaient le rhum, la canne à sucre et des métaux précieux. Mais, afin de lester les cales de ces bateaux, les marins chargeaient des bastings de bois exotiques, trouvés dans les ports de Cuba, des Antilles, ou d'Amérique du Sud. C'est à partir du XVII° siècle que les ébénistes de nos ports se rendirent compte que ces bastings de bois laissés sur les quais après déchargement des bateaux, ne pourrissaient pas et n'étaient pas attaqués par les insectes xylophages. Les négociants se mirent donc à importer les premiers bois d'acajou ,de gaïac, ou de robinier (acacia), et les ébénistes locaux purent proposer à leurs riches clients de leur fabriquer des meubles dont la longévité nous surprend encore aujourd'hui. Le bureau que vous pouvez voir en est un bon exemple. De style et d'époque Louis XV , il est essentiellement en acajou de Cuba. Toutefois, l'ébéniste n'ayant pas eut de bois exotique de section suffisamment importante pour faire les pieds très cambrés de ce meuble, il utilisât des chevrons de hêtre. C'est avec beaucoup de talent que cet artisan local, dont les outils étaient aussi rudimentaires que la scie, le rabot, et le ciseau à bois, sut donner des formes si harmonieuses à ce bureau de dame. Un soin tout particulier fut apporté aux traverses galbées des quatre cotés de ce meuble. Les petits tiroirs de la façade épousent également la cambrure des pieds. Ceux des extrémités servaient probablement au rangement des plumes avec lesquelles on écrivait à l'époque, en raison de la taille de leurs compartiments. Chaque tiroir était muni d'une serrure afin de mettre en sûreté les documents qu'il devait contenir. Nous pouvons supposer que, par confort , par esthétisme mais aussi , par économie de ce précieux bois, seul l'encadrement est en acajou, le centre du plateau étant entièrement recouvert de cuir, sur des planches de pin (bois également utilisé pour la fabrication des intérieurs de ses tiroirs). A notre connaissance il existe peu de bureaux de ce genre car les meubles de port les plus répandus sont les commodes et quelques grandes armoires.
Secret d'atelierLes bois exotiques massifs ont donc la particularité de ne pas être fragiles: les rayures ou les coups pourront être poncés puis recirés afin de disparaître de la surface des meubles endomagés par le temps.