Nous avons évoqué dans un précédent article les différentes dénominations que l'on peut rencontrer lorsque l'on s'intéresse à un meuble ancien (style, époque, origine...). Aujourd'hui, c'est encore à l'occasion de cette nouvelle acquisition dans notre région que je vous parlerais des meubles provinciaux, en opposition aux meubles parisiens.
Cette commode est d'une grande simplicité, avec ces trois rangs de tiroirs, dont deux plus petits composant le premier rang. Ces poignées de tirage sont en laitons ainsi que ses entrées de clés . Elle est en noyer de pays et en hêtre, ni trop clair ni trop foncé, et d'une qualité qui décourageât les insectes friands de bois tendre.
Pourquoi ce meuble est-il provincial, et plus précisément régional ? En tout premier lieu parce qu'à l'époque où il fut fabriqué, vers la fin du XVIII° ou le tout début du XIX°siècle, la mode parisienne était déjà passée à autre chose. Les ébénistes du faubourg Saint-Antoine se nommaient Leleu, Riesner puis Jacob et produisaient des meubles recouverts de placage, de marqueterie et d'ornements en bronze. Les dessus de leurs commodes étaient le plus souvent en marbre, pour des questions esthétiques et pratiques (plus résistant que le bois, il pouvait supporter sans dommage les lourdes pendules en marbre et en bronze en vogue à cette époque). Par contre, "en province", les menuisiers et les ébénistes continuaient à fabriquer des meubles comme le faisaient leurs ancêtres, n'apportant à leurs nouveaux modèles que quelques modifications qu'un compagnon du Tour de France leur avait suggéré.
En effet le compagnonnage était, à cette époque, très répandu et permettait aux jeunes apprentis d'apprendre différentes techniques et savoir-faire indispensables pour obtenir la reconnaissance de leurs maîtres. Sur ce meuble nous pouvons remarquer que la construction de l'ensemble est encore semblable aux modèles de style Louis XV (montants des pieds et coins du plateau arrondis, façades des tiroirs ressorties ) par contre la traverse basse est droite, sans coquille ni partie chantournée, et nous pouvons voir sur les pieds ainsi qu'entre les tiroirs des cannelures Louis XVI. De plus, autre innovation, les pieds ne sont plus en forme de coquille d'escargot, mais sont tournés, un peu comme pourrait l'être une toupie (le terme :" pied-toupie" est souvent employé pour décrire les extrémités des meubles Louis XVI). Dernière différence à noter: les poignées de tirage (qui sont d'époque) sont en laiton et très simples (modèle classique de la fin du XVIIIème), plus aucun rapport avec les poignées en bronze de style rocaille, ou les poignées en fer Louis XV. Notre ébéniste saintongeais à donc fabriqué une commode en bois de pays, assortie aux autres meubles de la pièce dans laquelle elle devait être placée mais en lui donnant quelques éléments de décor et de montage en vogue à son époque.
Secret d'atelier :
Lorsque les tiroirs de commode ne fonctionnent plus très bien on peut redouter un problème d'usure. Dans un premier temps vérifiez les guides de vos tiroirs et faites les changer par un menuisier. Si le problème vient de l'usure des cotés du tiroir lui-même vous pouvez tenter de les "reconstruire" en utilisant une pâte à bois (Sinto bois), ou les faire restaurer par un spécialiste.